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Témoignages sur la bataille d'Orthez
Vie militaire du général Foy
« Ma position étant
celle dont on pouvait le mieux observer l'ennemi, le Maréchal y
était resté. Bientôt arrivèrent le comte
d'Erlon, Clausel, D'Armagnac, Harispe; le cas fut mis en une
espèce de discussion. Clausel, qui s'est fait un système
de toujours conseiller les partis vigoureux et même
téméraires, dit que c'était l'occasion de livrer
une bataille. Aucun autre général ne fut de cet avis;
mais il entrait dans le système du Maréchal de s'opposer
pied à pied à l'invasion de l'ennemi. Sans être
décidé à donner ou recevoir bataille, il
espérait que la présence de ses troupes réunies en
imposerait aux Anglais. Il ordonna à l'armée de se masser
pendant la nuit sur les hauteurs de la route de Dax, mais en continuant
d'occuper Orthez. De tous les partis à prendre, c'était
le plus mauvais.
Comment une armée, sûre d'être vaincue, pouvait
s'exposer à recevoir une bataille ayant derrière elle de
mauvaises communications et plus en arrière le
défilé de Sault de Navailles, et le défilé
de l'Adour ? Une armée inférieure peut quelques fois se
commettre avec une armée supérieure, mais il faut qu'elle
soit attaquante; il faut qu'elle profite d'une faute de l'ennemi pour
lui dérober un mouvement et tomber sur une portion isolée
de ses forces. Ici, par exemple, ce n'était pas l'occasion d'une
tentative de cette nature, car il est certain que les troupes ennemies
de la rive gauche du Gave de Pau auraient fait avant a nuit leur
jonction avec celles arrivant par la route de Peyrehorade. On aurait
pu, tout au plus, rapprocher l'armée de Dax en suivant la grande
route; l'idée de cette manoeuvre m'est venue parce que j'ai vu
le 26 au soir les troupes anglaises, qui venaient de Peyrehorade,
appuyer leur gauche et cela m'a fait présumer qu'elles se
porteraient pendant la nuit ou le lendemain de grand matin sur la route
de Dax. Notre armée entière aurait pu y prendre deux
divisions en flagrant délit et faire échouer le plan de
l'ennemi. Toutefois, il valait mieux ne rien risquer, se retirer
pendant la nuit, s'arrêter à Sault de Navailles
derrière le Luy de Béarn, dont la rive droite offre de
belles positions, et y attendre les évènements.
Pendant la nuit du 26 au 27, les troupes sont restées sur le
terrain. Le 27, avant le jour, ma division a remonté le
contrefort en se rapprochant de quatre cents toises de la route de Dax.
Je n'ai laissé que des postes d'observations sur celle de
Peyrehorade. La 2e division s'est massée
derrière moi. Tout était tranquille. On voyait quelques
troupes sur la montagne devant Orthez. J'avais devant moi la 3e
division d'infanterie en vue. On apercevait derrière elle
d'autres troupes et surtout de la cavalerie de part et d'autre de la
route de Peyrehorade.
Vers dix heures du matin, le feu commence aux environs de
Saint-Boës; bientôt après, les troupes qui
étaient devant moi se forment. Leur artillerie et leur cavalerie
s'avancent; l'infanterie gagne le contrefort d'Anglade en marchant par
la grande route en masse et jetant des tirailleurs à sa droite.
Voilà la 3e division anglaise établie sur le
même contrefort et de plain-pied avec la mienne. La cavalerie
passe derrière et file du côté d'Orthez. Quatre
pièces d'artillerie se mettent en batterie; l'infanterie se
masse pour l'attaque. A la première vue de ces
préparatifs, le comte d'Erlon avait concentré ses deux
divisions; mes avant-postes s'étaient retirés sans perte;
la 2e division s'était portée sur la route de
Dax; la mienne en était restée à deux cents
toises, derrière un mamelon escarpé, formant un grand
ressaut sur le contrefort, mais très accessible par les deux
flancs. Ce mamelon était garni de plusieurs pièces de 4
qui faisaient un grand ravage dans les rangs de l'ennemi. L'artillerie
anglaise nous faisait aussi du mal, quoique nous fussions un peu
couverts par le mamelon. J'allais à pied sur le mamelon pour
observer les mouvements des masses anglaises et régler les miens
en conséquences; comme je revenais à ma première
brigade, un boulet à la congrève éclate à
six ou huit pieds au-dessus de ma tête; une balle sortie de ce
boulet creux me frappe à l'extrémité
inférieure de mon omoplate. Le coup me fait tourner et ne me
renverse pas, peut-être parce que les officiers qui m'entouraient
m'ont soutenu. Tout violent qu'ait été le coup, il m'a
semblé que je n'avait pas la poitrine traversée. Au
moment où j'ai été frappé, mon bras gauche
a perdu tout mouvement; bientôt je suis tombé dans un
état de faiblesse voisin de l'évanouissement. Cependant,
j'ai pu aller à pied jusqu'à une maison sur la route de
Dax, à l'endroit où on la quitte pour prendre le chemin
de Sallespisse. Je n'ai pas voulu être pansé plus
tôt parce que je prévoyais que les troupes allaient
être culbutées. »
Sources
:
"Vie militaire du général Foy" (1900)
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